GDS BFC : Pascal MARTENS passe la main à Lionel MALFROY
mis en ligne le 22 juin 2026
Lors de son assemblée générale ordinaire tenue le 19 juin à Bretenière, Pascal MARTENS a mis fin à son mandat de président de GDS BFC, comme il l’avait annoncé depuis plusieurs mois. A l’issue de l’assemblée générale, le conseil d’administration de GDS BFC a désigné Lionel MALFROY, actuel président du GDS du Doubs comme nouveau président à la tête d’une équipe d’élus qui se partageront les différentes missions de GDS BFC. L’assemblée s’est clôturée par de vibrants hommages des personnalités présentes rendus au travail accompli et à la détermination passionnée de Pascal MARTENS dans le sens de l’intérêt collectif des éleveurs.
Voici le rapport moral et d’orientation de Pascal MARTENS, prononcé le 19 juin 2026 à l’issue de l’assemblée générale ordinaire de GDS BFC :
Mesdames et Messieurs les élus, mes chers collègues et amis, chers partenaires,
L’année passée le 30 juin, à cette même assemblée, j’annonçais le premier cas de Dermatose Nodulaire Contagieuse confirmé sur notre territoire national et j’étais hélas loin d’imaginer le chaos qu’engendrerait l’arrivée de cette maladie alors inconnue des éleveurs français. Tout a été dit, et hélas même son contraire, sur cette maladie, et je ne m’étendrai pas sur tous les arguments et contre arguments qui ont été échangés, parfois violemment et je le condamne fermement, sur la stratégie qu’il fallait suivre pour combattre cette maladie. Je constate seulement aujourd’hui l’absence de foyer en France depuis début janvier 2026, et je m’en réjouis, mais je constate aussi que des foyers sont réapparus en Sardaigne au printemps, et je m’en inquiète. La vigilance doit rester de mise pour que tous les efforts consentis par les éleveurs, et notamment ceux qui ont dû perdre des animaux, les vétérinaires, que je salue et remercie pour leur mobilisation sans faille, tous les acteurs, comme l’administration et les GDS qui œuvrent encore sans relâche pour assurer le meilleur déroulement possible de cette lutte collective, ne soient pas vains. Je retiens que c’est le travail collectif qui a porté ses fruits, avec souvent des attitudes exemplaires d’éleveurs prêts à sacrifier leur troupeau pour protéger ceux de leurs collègues, et je tiens à les remercier très chaleureusement. Et j’invite les quelques éleveurs qui, par égarement, ignorance ou parfois idéologie, refusent de participer à cette lutte et mettent en péril tout cet acquis collectif, à réfléchir au sens et aux conséquences de leurs actions. J’invite également tous les détracteurs de l’éradication, et je comprends que la radicalité de cette stratégie interroge et choque certains d’entre nous, à réfléchir aux conséquences du choix de vivre avec certaines maladies. Alors que nous avions su éradiquer la FCO (sérotypes 8 et 1) à l’échelle européenne grâce à une vaccination généralisée au début des années 2010, nous avons fini par baisser les bras face à ce virus et ses nombreux sérotypes. Conséquences : les éleveurs subissent des pertes régulières et doivent systématiquement vacciner ou contrôler leurs animaux pour les vendre. Comme si cela ne suffisait pas les vagues de FCO 3 et du nouveau variant de FCO 8 ont provoqué plus 10 000 morts supplémentaires et un déficit de 40 000 naissances, rien qu’à l’échelle de BFC et sur la campagne 2024-2025. Les chiffres 2025-2026 s’annoncent comparables. A comparer aux 3500 bovins abattus à l’échelle nationale pour empêcher la DNC de se propager sur l’ensemble du territoire… Vivre avec une maladie a un prix qu’il ne faut pas sous-estimer !
La crise DNC a été bien sûr violente, car inattendue et non anticipée, comme la plupart des crises. Mais, dans les faits, elle n’était pas si imprévisible que ça. Pour preuve, l’arsenal réglementaire européen et sa réserve vaccinale démontrent que ce danger était sérieusement envisagé, notamment depuis l’épizootie des Balkans au milieu des années 2010. Nous devons tirer les enseignements de notre crise en France, et beaucoup de questions ont déjà été soulevées lors des différentes auditions de l’ensemble des acteurs. Il conviendrait maintenant d’avoir des réponses et de vrais plans d’action, car d’autres crises nous attendent et ne tarderont pas : peste des petits ruminants, clavelée, fièvre aphteuse, fièvre porcine africaine, petit coléoptère des ruchers, influenza aviaire,… Toutes ces maladies sont à nos portes, aucune espèce n’est à l’abri, et nous y serons confrontés un jour ou l’autre, mais y sommes-nous préparés ?...
Toutes les réflexions engagées montrent que non, il reste beaucoup à faire, que ce soit sur :
• la traçabilité des animaux qui présente des failles importantes,
• nos systèmes d’information qui sont peu communicants et inadaptés pour gérer des crises,
• la communication où la course à l’échalote des réseaux sociaux a multiplié les fuites, les rumeurs et les fake news sans discernement, provoquant des mouvements d’animaux incontrôlés et ayant sans doute contribué à disséminer la DNC,
• l’anticipation de la définition de règles claires et applicables pour permettre aux opérateurs de s’organiser plus sereinement.
J’espère que nous aurons un véritable retour d’expérience de cette crise qui nous permettra d’atténuer celles à venir. Ce sera un chantier de longue haleine, mais qui doit être engagé rapidement. Je le répète souvent, les GDS sont une armée sanitaire, qui coûte trop cher en temps de paix mais qui s’avère indispensable en temps de guerre. Or, c’est en temps de paix qu’il faut investir dans des dispositifs de gestion plus performants, des exercices d’alerte pour évaluer la pertinence des moyens mis en place. De nombreuses études l’ont démontré et nous le répétons sans cesse : la prévention coûte beaucoup moins cher que les crises, mais nous constatons hélas que ce message - que nos anciens citaient déjà : Si vis pacem para bellum - reste souvent lettre morte, et à tous les niveaux. Investir dans la biosécurité ou la vaccination est souvent ressenti plus comme une charge qu’un investissement par les éleveurs. Mobiliser de l’énergie pour faire appliquer les règles sanitaires et sanctionner les contrevenants réfractaires est chronophage et souvent impopulaire, mais comment agir en cas de crise quand l’autorité de l’Etat est régulièrement bafouée ? Renforcer les contrôles sanitaires aux frontières ou proposer une aide vaccinale aux pays frontaliers de l’Europe a un coût pour le contribuable européen, mais qui reste bien moindre à celui d’une crise qui déstabilise toute une filière au sein de l’Europe. La prévention a un coût qui doit être reconnu comme un investissement.
Il me semble donc indispensable de réfléchir à la répartition des coûts de la surveillance et de la prévention, entre l’Etat et les opérateurs, qu’ils soient éleveurs, opérateurs commerciaux ou transformateurs. La qualité sanitaire bénéficie à tous, y compris au consommateur, et est de la responsabilité de tous. Certains pays, comme la Belgique, financent leur gestion sanitaire par des écotaxes. Il faut peut-être chercher à développer un modèle économique qui implique tous les maillons de la chaîne alimentaire à hauteur de leur intérêt et de leur contribution au risque sanitaire. C’est une question de bon sens et surtout de volonté politique.
J’espère que les Assises du sanitaire sauront proposer des avancées dans ce domaine. A leur propos, je tiens à rappeler, et la crise de la DNC a conforté ma position, que l’indépendance des OVS, à qui l’Etat confie des missions sanitaires, doit rester une condition indispensable à leur reconnaissance. Même si les OVS peuvent recevoir par délégation des missions de contrôle sanitaire par l’Etat, il faut que leur mission reste claire aux yeux des éleveurs. Les OVS sont là pour expliquer les règles, aider les éleveurs à les appliquer, et le cas échéant les vérifier. L’Etat garde son rôle de police sanitaire pour gérer les non conformités sanitaires ou administratives. Les GDS ont été créés pour faire passer des messages sanitaires auprès des éleveurs. Sur cette base, ils ont progressivement construit des programmes pour améliorer le niveau sanitaire du cheptel français et ont acquis une expertise qui ne demande qu’à être mise au service de l’intérêt collectif. Je citerai les conclusions des chercheurs de l’INRAE qui se sont penchés sur la gestion de la crise de la DNC : « Ainsi, alors que les réformes de la gouvernance sanitaire cherchent depuis longtemps à « responsabiliser les éleveurs », il parait paradoxal que ces derniers ne soient pas associés à la conception des stratégies sanitaires, à leur suivi et à la réévaluation de ces « écologies » de dispositifs. Construire une gouvernance du sanitaire c’est établir des liens de confiance et d’inclusion. »
En guise de conclusion de mon dernier rapport moral à cette assemblée, je voudrais souligner le plaisir que j’ai eu à construire la Fédération Régionale des GDS de BFC depuis 2019. Comme vous le savez, la construction de notre nouvelle région n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, et elle chemine chaque jour. Pour les GDS, nous avons dû aussi relever le défi de réunir des sections par espèce comme vous avez pu le voir dans le rapport d’activités. Je crois plus aux vertus du dialogue qu’à celles du rapport de forces, et je peux vous dire ma satisfaction d’avoir ouvert des passerelles entre des gens qui se côtoyaient sans vraiment se connaître. C’est très enrichissant, et je crois que le concept du One Health – une seule santé – va encore plus loin en faisant se rencontrer les acteurs des différentes santés, humaine, animale et environnementale. Je citerai l’exemple du frelon asiatique qui nous fait travailler avec la FREDON de façon très constructive pour l’intérêt des abeilles et des insectes pollinisateurs. De beaux échanges nous attendent si nous acceptons de sortir de nos silos du quotidien, et j’encourage mes successeurs à s’enrichir au contact d’autres façons de penser ou de voir la santé, qui reste notre bien le plus précieux, pour nous comme pour nos animaux. Je veux aussi vous dire mon plaisir d’avoir eu des partenaires loyaux et ouverts : merci aux représentants du GTV, des LDA, du SRAL et de la DRAAF avec qui nos échanges ont toujours été francs et constructifs. Merci aussi aux représentants des différentes OPA qui nous ont régulièrement fait confiance, notamment lors des crises et qui ont fait la démonstration que l’indépendance d’un OVS ne voulait pas dire isolement. Je sais que ceux qui me succéderont auront à cœur de préserver tous ces partenariats et de prolonger le travail de l’ombre de la FRGDS. Même si je quitte la présidence de GDS BFC, je ne vous quitte pas encore, car je souhaite mener à terme le dossier du PSE qui m’aura occupé tout mon mandat. Comme vous l’avez vu, notre agrément PSE a été renouvelé, et je souhaite consolider ce projet qui scelle la relation entre les éleveurs et les vétérinaires. Nous avons besoin d’acteurs de terrain et de proximité comme les vétérinaires, les laboratoires départementaux, les GDS, car ce sont eux qui sont au plus près des éleveurs et de leurs animaux, et c’est grâce à eux que la France peut s’enorgueillir d’une qualité sanitaire de premier plan. Merci à vous tous ! Merci également au Conseil Régional qui reste notre principal partenaire financier, mais bien après l’Etat, même si j’ai regretté son changement d’orientation au regard des actions sanitaires. Nous avons loupé une opportunité de consolider la région et je le regrette.
Merci enfin et surtout à tous mes collègues du Conseil d’administration et des différentes sections et à l’équipe des salariés de GDS BFC. S’adapter à mon agenda et à mon tempérament n’est pas toujours facile, mais je sais que vous me l’avez toujours pardonné ! Merci à vous tous et je souhaite une bonne continuation à l’équipe qui me succédera ! Je tiens à lui rappeler que l’avenir appartient à ceux qui y le croient le plus et le plus longtemps !
Merci à vous pour votre présence, votre soutien et votre attention !
Pascal MARTENS